Le droit aux vacances n’est pas un sujet secondaire. Ce n’est pas un confort accessoire. C’est un droit fondamental, une conquête sociale, et un enjeu d’égalité réelle.
Je veux d’abord rappeler le cadre dans lequel nous nous inscrivons. Les vacances et leur égal accès de toutes et de tous sont respectivement reconnus comme un droit fondamental et un objectif national par la loi du 29 juillet 1998 relative à la lutte contre les exclusions ; Avec le covid, 62 % des jeunes de moins de 25 ans ne sont partis ni en vacances ni en week-end en 2021, selon le 15e baromètre IPSOS / Secours Populaire ; Paris compte près de 505 000 habitant·es de 16 à 30 ans, dont un tiers ne part pas en vacances chaque année, en 2020 13 % ne partaient jamais, soit environ 70 000 jeunes ; et je suis très fière qu’en 2024 ce chiffre soit tombé à 5%, preuve que des politiques publiques volontaristes peuvent être très utiles.
La crise sanitaire, économique et sociale liée au COVID a fortement aggravé les fragilités des jeunes, notamment en matière de santé mentale et de liens sociaux ; Le départ en vacances, même de courte durée, constitue une réponse concrète à ces fragilités, en permettant de sortir du quotidien, de créer du lien, de découvrir d’autres horizons et de favoriser l’échange, la découverte ;
Les jeunes Parisiennes et Parisiens expriment fortement ce besoin de départ, comme en témoigne notamment les demandes exponentielles pour les demandes d’aides au dispositif Paris Jeunes Vacances ;
La Ville peut encore renforcer ses partenariats avec d’autres collectivités, les associations d’éducation populaire et les acteurs de terrain pour rendre ce droit plus effectif ; Ces éléments posent une réalité simple : malgré des dispositifs existants et des avancées réelles, le droit aux vacances reste encore largement inégalitaire. Et pourtant, nous savons ce qu’il représente.
Le droit aux vacances est intrinsèquement lié au droit au travail et à la conquête des congés payés. Il s’inscrit dans une vision émancipatrice du temps libre, héritée des luttes sociales, du Front populaire et de l’après-guerre, dans l’esprit du programme des « Jours heureux ».
Apprendre le droit aux vacances, c’est apprendre que le repos, la culture, le déplacement, la découverte ne sont pas des privilèges, mais des droits liés à la dignité humaine. Il y a là un enjeu central d’émancipation, d’autonomie et aujourd’hui aussi de santé mentale pour une jeunesse confrontée à des formes multiples de pression, d’anxiété et d’isolement. À Paris, nous avons obtenu des résultats importants : la part des jeunes ne partant jamais en vacances a fortement diminué. Mais cela ne suffit pas. Sur plus de 500 000 jeunes, environ 65 000 étaient encore privés de départ. Et derrière ces chiffres, il y a des vies concrètes, des expériences empêchées, des horizons limités.
La Ville de Paris fait beaucoup. Elle agit, elle investit, elle soutient les associations, elle développe des dispositifs, elle accompagne les départs. Mais nous ne pouvons pas accepter que l’État reste aux abonnés absents sur ce droit fondamental. Pire encore, nous ne pouvons pas accepter qu’il continue d’asphyxier les collectivités locales.
Arrêtons de jouer avec l’avenir des jeunes.
Les besoins urgents sont là, et l’élue locale que je suis ne peut se résoudre à cette nouvelle chape d’austérité sur les services publics, et sur les associations, aux plusieurs milliards d’euros que le gouvernement prévoit de ponctionner sur le budget des collectivités territoriales en 2026.
Cette logique est incompréhensible et dangereuse : elle fragilise les politiques de proximité, les politiques de jeunesse, les politiques de solidarité — précisément celles qui rendent concret le droit aux vacances.
C’est pourquoi nous devons continuer à agir avec une ambition forte : identifier les jeunes qui ne partent pas, avec la Direction de la Jeunesse et des Sports, les acteurs de la solidarité, les quartiers populaires et les clubs de prévention et la DPMP ; renforcer les séjours, les colonies, les départs collectifs ; et garantir que chaque jeune puisse, régulièrement, vivre cette expérience essentielle de vacances.
Nous ne parlons pas ici d’un supplément d’âme des politiques publiques. Nous parlons d’un droit fondamental. C’est pourquoi le groupe communiste soutient cette délibération et continuera de défendre une politique ambitieuse du droit aux vacances, et attend avec impatience les futurs projets avec la direction jeunesse, pour toutes et tous.
Je vous remercie.

