Communistes Paris

Trévise : les victimes ont droit à la justice

Avant toute chose, je voudrais avoir une pensée pour les victimes de l’explosion de la rue de Trévise, pour les quatre personnes qui ont perdu la vie, pour la soixantaine de blessés, pour les centaines de personnes sinistrées, et pour toutes celles et ceux dont les vies ont été durablement bouleversées par ce drame. Les victimes ont droit à la justice, elles ont droit à la réparation et elles ont droit à ce que toutes les responsabilités soient établies.

La délibération qui nous est présentée concerne deux indemnisations, nous les voterons évidemment. Mais il faut rappeler que derrière ces deux dossiers, il y a encore des centaines de victimes qui attendent une réparation complète. Des victimes qui ont parfois dû avancer elles-mêmes des frais considérables pour les expertises médicales nécessaires à leur indemnisation.

La Ville doit prendre sa part de responsabilité.

Elle sera jugée à partir du 20 octobre et nous laisserons évidemment la justice établir les responsabilités pénales de chacun.

Mais l’expertise civile a aussi mis en évidence le rôle de GRDF. La canalisation datait de 1978, et était en fonte ductile. Elle avait été remplacée de l’autre côté de la rue. Les experts ont surtout relevé l’absence de procédure permettant d’identifier suffisamment tôt une corrosion importante de ce type de canalisation. Autrement dit, il faut aussi regarder les choix qui ont précédé cette catastrophe. Et ces choix sont ceux d’un opérateur privé.

Depuis l’ouverture à la concurrence et la transformation du service public du gaz, il s’est progressivement installé une logique où la rentabilité financière prend une place croissante. Mais l’entretien d’un réseau de gaz n’est pas variable financière, une ligne dans un bilan comptable. Elle concerne la sécurité des habitants, et celle des travailleurs qui interviennent chaque jour sur le réseau. Nous interrogeons les choix de GRDF.

La mission transpartisane sur le réseau de gaz a rendu ses conclusions en novembre 2024. La manière dont GRDF gère concrètement le risque pose question. Par exemple sur la classification des fuites qui permet de différer certaines interventions et laisser courir le risque. Mais aussi sur les réparations provisoires, appelés tubages, à la place des remplacements définitifs. Nous avons également découvert que GRDF avait considérablement prolongé la durée de vie technique de certains ouvrages, jusqu’à 100 ans, là où la référence était de 45 ans. Quand on prolonge ainsi la durée de vie théorique d’un réseau, qu’est-ce qu’on fait des sommes qui auraient dû être consacrées à son renouvellement ?

Est-ce qu’on remplace plus vite les canalisations, ou est-ce qu’on repousse les investissements et qu’on libère des marges financières pour les actionnaires ? Je vous laisse deviner quand on sait que GRDF est une filiale d’Engie, un groupe privé très lucratif. Quand on sait que GRDF reverse chaque année plusieurs centaines de millions à Engie. Se payant même le luxe de reverser plus en 2025 que son résultat net (730M€ pour un résultat de 716M€).

La justice devra déterminer les responsabilités pénales. Mais notre responsabilité politique est aussi de dire qu’un réseau de gaz doit être entretenu et renouvelé uniquement en fonction de l’intérêt général et de la sécurité des personnes. C’est pourquoi sans effacer la responsabilité de la Ville et de la copropriété, nous voulons dénoncer la privatisation du réseau de gaz. Pour que jamais un tel drame ne se reproduise, nous devons aller jusqu’au bout de la remise en cause d’un modèle privé qui conduit à économiser sur les vies.

Jean-Noël
AQUA

Élu du 13e arrondissement au conseil de Paris

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