Refondation du périscolaire parisien
Conseil de juillet 2026Les violences sexuelles, et particulièrement celles contre les enfants, nous font aborder l’impensable et l’insupportable.
Elles sont un double crime contre l’enfant qui en est victime, et l’adulte en devenir.
Elles sont aussi un crime contre notre société, en entretenant un système de violence et de domination. Un système qui a un nom, le système patriarcal et sa culture du viol.
Un système enraciné, qui se renforce avec la montée des masculinismes, et d’une extrême-droite qui conteste l’égalité femmes-hommes.
Pour être à la hauteur du sujet, nous devons prendre le sujet à la racine. Et opérer une révolution autant culturelle que structurelle.
Comme le fait la loi intégrale contre les violences sexuelles qui avance enfin à l’assemblée nationale suite au drame de Lyhanna. Il y a parfois des drames qui font reculer les conservatismes. Mais que de temps perdu par les irresponsables politiques.
Les violences sexuelles dans le périscolaire parisien révélées en 2025 auront permis de mettre à jour des défaillances graves et la nécessité de refondre notre périscolaire.
Si Paris concentre la majorité des signalements et de la médiatisation, le phénomène est malheureusement national et mondial. Il appelle une action à 360°, en parlant notamment o d’éducation des enfants aux enjeux du corps et de la relation à l’autre, avec le programme d’EVAR(S) o des chaines d’écoute, de signalement, et de détection o de formation des personnels, sur les VSS et le repérage des signaux faibles o des moyens alloués à la justice o de communication entre tous les acteurs, enfant/adultes, Ville / justice, Ville / Éducation nationale o de professionnalisation de l’animation o d’organisation du périscolaire etc.
Tous ces sujets, et d’autres, sont à traiter.
Des premières mesures ont été annoncées en avril :
- suspension immédiate des agents mis en cause
- communication avec les familles
- formation obligatoire des agents
- création d’une école parisienne du périscolaire
- cellule de traitement des signalements
- commission indépendante
La refonte du système doit aller vite. Tout en pensant l’ensemble des enjeux.
Si le sujet est multifactoriel, nous avançons, conseil après conseil, sujet après sujet.
Notre débat aujourd’hui aborde la question des rythmes scolaires. C’est un sujet en matière de violences sexuelles, mais de qualité du service public d’animation.
L’organisation parisienne sur 4,5 jours a suscité une vive critique dès sa mise en place. Elle ne cesse d’être dénoncée par les enseignant·es qui demandent depuis plus de dix ans une consultation sur le sujet. Ils pointent plusieurs aberrations : o l’arythmie des temps éducatifs o la fatigue des élèves dès le jeudi (au lieu du vendredi) du fait de l’absence de la coupure du mercredi o une pause du midi trop longue o une offre très inégale d’activités périscolaires proposées
Les syndicats de l’animation sont aussi critiques de cette organisation complexe et morcelée qui ne favorise pas la stabilité des équipes, la titularisation des agents et la qualité pédagogique. Ils dénoncent
- des temps morcelés empêchant la construction de projets éducatifs de qualité, en particulier le mercredi
- des temps morcelés qui empêchent aussi de recruter des personnels pleinement investis et stabilisés
- l’insuffisance du remplacement
Par ailleurs, l’organisation en 4,5 jours, avec sa complexité intrinsèque, impacte lourdement le travail de la DASCO devant prévoir pour les 660 écoles et en temps réel la bonne affectation de personnels titulaires, contractuels ou vacataires, entre les TAP, les temps du midi, les études, l’accueil périscolaire, et extra-scolaire ; pour des nombres sans cesse variables d’élèves...
L’usine à gaz du périscolaire parisien débouche sur une gabegie de moyens humains, qui ne sont pas affectés à la qualité pédagogique, ou à la sécurité des enfants.
Le résultat est au final insatisfaisant, avec une qualité du périscolaire très variable, entre d’un côté des ateliers passionnants en matière scientifique, culturelle, artistique, musicale, sportive ... et des ateliers se limitant à de la garderie bas-de-gamme, avec des personnels insuffisamment formés, au comportement incompatible avec un quelconque projet pédagogique.
L’expérience a été tentée. Elle a échoué. Tirons les conclusions.
Et comme je l’ai défendu de nombreuses fois en ce Conseil, nous continuons de plaider pour les 4 jours.
Ceci ne m’empêche pas de dénoncer la diminution du temps scolaire imposée par Nicolas Sarkozy, ce président si peu attaché à l’intérêt public. Avec la suppression des samedis matins, c’est une année entière de scolarité qui a été retirée à nos enfants. Avec l’absence de remplaçants qui s’est accentuée avec Macron, c’est une deuxième année qui est supprimée.
Par ailleurs, la complexité et la difficulté à recruter n’est pas sans rapport avec les violences sexuelles. Bien sûr, je n’aurai pas la sottise de penser que c’est le système de 4,5 jours qui provoque les VSS. Ces violences se produisent de partout en France, que la semaine soit sur 4 ou 4,5 jours.
N’empêche. Une organisation plus simple sur 4 jours permettrait de résoudre un certain nombre de dysfonctionnements. Notamment en termes de stabilisation des équipes. Comme je l’ai défendu amendement budgétaire après amendement budgétaire depuis près de 10 ans, il est nécessaire de mettre en place un plan de déprécarisation de l’animation. Il sera plus aisé avec une semaine de 4 jours plus intéressante pour les personnels, et donc plus attractive. Avec moins d’agents précaires, constamment renouvelés, nous pourrions plus facilement respecter des procédures strictes de recrutement. Et développer un plan de formation systématique aux VSS.
Par ailleurs, la convention citoyenne a voté à près de 77% en faveur des 4 jours. Ce n’est pas consensuel, si on prend la peine d’ouvrir le dictionnaire Me de Raguenel. Comme les 85% de la population qui était contre la réforme des retraites sans que les amies Me de Raguenel ne l’écoutent. Bref, sans consensus, il y a quand même un message envoyé fortement. Avec des arguments structurels que j’avance depuis des années :
- possibilité de développer de réels projets pédagogiques le mercredi
- moindre fatigue des élèves du fait d’un mercredi plus calme
- homogénéité des journées d’apprentissage
- meilleure gestion et stabilisation des équipes.
Désormais, la communauté éducative doit être consultée. Je regrette d’ailleurs que les enseignants aient si peu été impliqués dans nos réflexions. C’était le cas depuis plus de 10 ans. Il est temps que cela cesse. Parce que les enseignant·es sont les experts du quotidien de nos enfants. Parce qu’elles et ils sont les bâtisseurs de l’éducation nationale.
Enfin, la convention fait un certain nombre de proposition au-delà des 4 jours qui rejoignent les nôtres :
- des brigades de remplacements dans l’animation correctement dotées ;
- la formation 100% d’animateurs·rices diplomés ;
- le développement de l’EVAR dans toutes les écoles dès la maternelle ;
- l’adaptation du bâti scolaire aux variations climatiques
- des taux d’encadrement renforcés (il est proposé 1 adulte pour 6-8 enfants en maternelle et 8-10 enfants en élémentaire)
- des temps d’échanges entre le scolaire et le périscolaire, etc. Nous y reviendrons.
Enfin, j’aborde mon dernier sujet concernant la professionnalisation de la filière de l’animation. Celle-ci est revendiquée tant par les syndicats, les parents d’élève que par la convention citoyenne. Elle passe en particulier par la montée en responsabilité des responsables locaux du périscolaire, les REV. C’était un engagement de campagne de la gauche parisienne. Nous la réalisons aujourd’hui par la délibération DASCO 84.
Nous avons déposé deux amendements. Le premier concerne le dispositif Actions Collégiens. Une sorte de péri-scolaire des collèges. Ce dispositif est très apprécié et reconnu pour sa qualité, avec des personnels qualifiés capables de développer des projets pédagogiques innovants. Nous souhaitons d’ailleurs le déployer sur l’ensemble des collèges publics, et c’était un autre engagement de campagne. Mais si le passage en catégorie A était réservé aux REV dans les écoles, nous risquerions d’avoir une injustice pour les responsables dans les collèges. Nous déposons donc un amendement pour étendre la catégorie A aux responsables dans les collèges, et j’apprécie qu’il soit acté dans ce Conseil.
Et nous proposons aussi d’étendre la catégorie A aux adjoints de direction d’un centre de ressource central ou de loisirs hospitaliers, de coordination du projet éducatif territorial, de la mission éducation inclusive ou des missions ressources inclusion.
Permettez-moi de conclure. Le chantier de la refondation du périscolaire parisien est encore largement ouvert. En matière de traitement des violences, de rythmes scolaires, de professionnalisation, notre majorité a d’ores-et-déjà produit des ruptures. L’émancipation des enfants, la qualité du service public, le bien-être des personnels, tout ceci peut et doit être concilié dans une vision ambitieuse du périscolaire qui participe de l’éducation populaire. Ceci suppose de mettre les moyens en face des besoins colossaux de l’émancipation. C’est nécessaire et incontournable car nous parlons des trajectoires de vie au présent et au futur de notre jeunesse.

