Vous êtes-vous déjà demandé qui étaient ces messieurs derrière les portes des ex-Foyers de Travailleurs Migrants dans vos arrondissements respectifs ? Derrière ces portes, il n’y a pas que des visages, il y a des parcours et des vies entières de labeur.
Les anciens foyers de travailleurs migrants ont accueilli des hommes venus de loin pour reconstruire la France. Ils ont travaillé sur nos chantiers, dans nos usines, dans le nettoyage, les transports, la voirie. Ils ont occupé les emplois les plus durs, les moins reconnus, souvent loin de leurs familles.
Et pourtant, après quarante ou cinquante ans de présence, certains de ces travailleurs, aujourd’hui retraités, malades ou en perte d’autonomie, risquent d’être expulsés de la chambre qu’ils occupent parfois depuis toute une vie. Leur tort ? Avoir pratiqué « l’habitat solidaire » : accueillir un fils, un neveu, un proche ou un aidant, pour être aidé au quotidien ou pour ne pas laisser quelqu’un à la rue.
Mais, ceci est illégal au regard de l’article R633-9 du Code de la construction et de l’habitat qui interdit d’héberger une même personne plus de trois mois par an dans une résidence sociale. Cette règle est légale, mais son application mécanique devient profondément injuste lorsqu’elle frappe des hommes âgés, fragiles, qui ont besoin d’une présence à leurs côtés. Ces résidents ne demandent pas des privilèges.
Ils demandent le respect du droit à une vie privée et familiale normale, le respect de leur dignité, et une stabilité résidentielle à laquelle ils ont plus que largement contribué par toute une vie de travail. À plus de 65 ans, avec de petites retraites et des problèmes de santé, une expulsion n’est pas un simple déménagement. C’est une violence sociale. C’est l’isolement, la précarité, et parfois la rue.
Ce vœu demande qu’aucune expulsion ne puisse intervenir sans information préalable de la Ville, sans dialogue, sans accompagnement social digne de ce nom, et sans solution de relogement ou d’hébergement. Par ce vœu, nous demandons aussi à l’État de faire évoluer un cadre juridique devenu inadapté et injuste. La dignité n’a pas d’âge. Je vous invite à voter ce vœu de justice, de solidarité et de respect envers ces travailleurs qui ont tant donné à Paris et à la France.
