Les violences sexuelles faites aux enfants sont massives et systémiques. C’est un phénomène qui touche tous les milieux, toutes les institutions et tous les territoires de France et de Navarre. Écoles publiques, privées, temps scolaires ou périscolaire, conservatoires, clubs de sports et par-dessus tout à la maison.
En France, un enfant est agressé toutes les trois minutes. Ces violences concernant 3 enfants par classe et 15 000 à 20 000 jeunes, souvent issus de l’Aide sociale à l’enfance, sont victimes de la prostitution des proxénètes des réseaux pédo-criminels. Ces chiffres sont connus.
Ces dernières années, il y a eu un mouvement de fond dans notre société, la parole des femmes s’est libérée avec #MeToo. En janvier 2021 Camille Kouchner a jeté un pavé dans la marre avec son livre La Familia Grande qui a permis de briser le tabou sur l’inceste, de libérer la parole de nombreuses victimes d’inceste dans ce qu’on a appelé le #MeTooInceste.
Ça a débouché sur la création de la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants, la CIIVISE. Cette CIIVISE avait recueilli près de 30 000 témoignages et a pu établir que 5,5 millions d’adultes ont subi des violences sexuelles dans leur enfance.
Autant d’enfances détruites, autant de paroles longtemps empêchées, autant de vies marquées à jamais. Ces violences ne sont jamais des faits divers. Elles sont structurelles, massives, et elles prospèrent sur le silence et l’inaction.
Face à ce constat, la CIIVISE a produit 82 recommandations mais non seulement celles-ci n’ont pas été suivies d’effets, pire encore, la commission a été enterrée honteusement par le gouvernement Macron en décembre 2023 avec la mise à l’écart du juge Edouard Durand et des féministes qui en étaient membres. La parole des victimes enterrée mais aussi les 82 recommandations pourtant tellement nécessaires alors qu’il y avait urgence et qu’il y a toujours urgence.
Je veux vous rappeler à tous qu’il existe un numéro où des professionnelles féministes sont là pour écouter et accompagner. Gratuit, anonyme et confidentiel, c’est le 0805-802-804, ce numéro écoute contre les violences sexuelles faites dans l’enfance c’est celui du collectif féministe contre le viol.
Ces violences, elles existent dans la sphère familiale, mais aussi dans les institutions censées protéger et émanciper.
Les scandales de l’école de Betharram et de l’établissement privé Stanislas à Paris l’ont tragiquement rappelé. Je le rappelle avec gravité à tous ceux qui se prêteraient à une récupération politique immonde contre le service public.
Car oui, c’est bien toute notre société qui doit faire son bilan. Nous devons combattre collectivement ces violences partout. Nous n’en avons pas fait assez et le blocage national sur la mise en œuvre des 82 recommandations de la CIIVISE n’était pas technique mais politique et nous a impacté directement. C’est pourquoi à Paris nous ne devons pas répéter les erreurs d’ailleurs. En assumant, monsieur le Maire a été exemplaire. Désormais, notre travail collectif pour prendre soin des victimes, reconnaître le caractère systémique des violences et veiller à ce que cela ne puisse plus arriver et nous nous devons d’être exemplaire aussi. C’est pourquoi je défends la création d’une CIIVISE parisienne, enfantiste et féministe, dotée de moyens réels et d’engagements politiques en matière de mise en œuvre des recommandations, pour recueillir la parole des enfants et des familles, coordonner la protection de l’enfance avec l’expertise féministe et des premiers concernées comme Lyes Louffok.
Nous devons agir en amont aussi, dès l’école. Car la succession d’évènements que sont MeToo et Metoo Inceste montre à quel point les mouvements féministes et enfantistes sont liés.
Il nous faut une formation et régulière de toutes et tous à l’éducation à la vie affective et relationnelle dans toutes les classes. D’ailleurs le CRIAVS l’a commencé à Paris centre depuis 2018 où 800 professionnels ont été formés grâce à eux. Il faut maintenant généraliser cela. Cela permet aux enfants de comprendre, de nommer et de se protéger. Et surtout, cela permet de repérer plus tôt les enfants victimes dans les classes et donc sauver des vies.
Nous devons agir avec tous les leviers de la protection de l’enfance, il ne faut plus de prétexte pour cela. Rappelons-nous qu’avec l’ABC de l’égalité c’est ce qu’il s’est passé, ayez en tête que l’Etat français a été condamné pour non mise en œuvre de cette loi le 2 décembre 2025.
L’entrave, les polémiques politiciennes n’ont que trop duré, on parle de la vie d’une personne sur dix. Alors créons des médiathèques de l’EVARS avec la ville de Paris pour donner toutes les ressources aux professionnels qui doivent mettre en œuvre la loi de 2001 mais aussi celle de 2016.
Il est possible de mettre fin à l’inaction face aux violences faites aux enfants qui n’a que trop duré et cela devrait toutes et tous nous rassembler. Je vous remercie.
