L’espace public appartient à tout le monde, aux jeunes et aux vieux et vielles, aux enfants, aux parents, aux femmes, aux hommes, aux sportives et sportifs, aux fêtardes et fêtards, aux lecteurs et aux lectrices, aux personnes en situation de handicap. C’est d’une banalité confondante et pourtant essentielle, a fortiori après ce que l’on vient d’entendre.
« Je souhaite saluer les agent.es de la Ville de Paris pour leur travail quotidien. Et cette communication est l’occasion de le réaffirmer. »
L’espace public n’est pas un décor patrimonial figé ni un simple lieu de circulation. Comme son nom l’indique, c’est le lieu du commun. A Paris particulièrement c’est souvent le seul espace de respiration pour celles et ceux qui vivent dans des logements trop petits, sur-occupés, et mal isolés. Pour beaucoup de Parisiennes et de Parisiens, la promenade, le parc, l’espace public, c’est l’extérieur le jardin qu’ils n’ont pas chez eux.
L’espace public n’a pas le même sens ni la même fonction qu’on vive de 150 m² avec terrasse ou à cinq dans un deux-pièces.
Nous ne vivons pas toutes et tous la ville de la même manière, qu’on soit riche ou précaire, qu’on habite une villa privées ou en QPV, donc garantir un droit à la ville concret pour toutes et tous est un impératif.
Défendre un espace public accueillant et accessible, c’est donc aussi défendre l’égalité concrète. Cela implique de refuser deux écueils : celui d’un espace public abandonné aux logiques marchandes et à la privatisation, Paris n’est pas à vendre mais aussi celui d’un espace public aseptisé, figé, où toute occupation populaire devient suspecte.
À ce titre, j’alerte à nouveau sur les phénomènes de multi-contrôles et multi-verbalisations qui touchent certains jeunes. Notamment celles et surtout ceux racisés, issus des quartiers populaires. Et ce, qu’ils soient dans leurs quartiers ou qu’ils soient en balade dans des lieux comme les Champs-Élysées où ils sont vite perçus comme indésirables. Trop souvent, l’espace public devient pour ces jeunes un espace de contrôle permanent et d’harcèlement institutionnel plutôt qu’un espace de liberté.
Le rapport mené par deux chercheuses en 2025 et soutenu par la défenseure des droits a démontré le caractère massif de ce harcèlement qui intervient parfois sans contrôle puisque les policiers verbalisent parfois à distance. Nous avions d’ailleurs l’année dernière déposé un vœu sur ce sujet. Tout un harcèlement institutionnel qui conduit à des endettements jusqu’à plusieurs dizaines de milliers d’euros mais qui a aussi parfois conduit au pire.
Penser l’espace public, c’est aussi le penser à travers le prisme du genre. Pendant trop longtemps, la ville a été conçue principalement par et pour des hommes. Petit à petit, les choses évoluent. Les femmes trouvent leur place dans l’espace public, d’abord à travers les noms de rues et les représentations symboliques. Grâce au travail mené par notre collègue communiste Laurence Patrice, en lien avec les arrondissements.
Mais cela passe aussi et surtout par une attention concrète portée aux usages. Car les femmes ressentent plus souvent un sentiment d’insécurité dans l’espace public. Plus souvent elles n’ont pas l’opportunité de se saisir de l’espace public qui est déjà saturé et monopolisé par les hommes puisque pensé pour eux. Éclairage, visibilité, sécurité, répartition des équipements sportifs, l’accessibilité cheminements, présence de sanitaires publics, c’est un tout un tas de sujets qui doivent être pensés avec le prisme d’égalité de genre.
La Ville a déjà passé un marché d’assistance à maîtrise d’ouvrage pour la réalisation de diagnostics d’usages dans l’espace public et la prise en compte du genre, mais il faut désormais que ce marché serve réellement et donc imposer systématiquement le recours à ce diagnostic. C’est pourquoi nous déposons un vœu pour que la Ville de Paris intègre dans chaque projet d’aménagement cette dimension de manière systématique. Avec, Barbara Gomes nous veillerons à la stricte application de ces diagnostics.
Et puis il y a une question simple, presque banale, et qui peut prêter à sourire mais qui est profondément politique : celle des bancs publics. A Paris, on a développé la place du vélo et du piéton faisant reculer la place de la voiture un peu partout. Ça a été, et c’est toujours fermement combattu par la droite parisienne dont le projet du tout voiture a été largement rejeté par les parisiennes et les parisiens dans les urnes. Nous devons donc continuer de travailler à la cohabitation des usages et des usagers et usagères parce que nous ne reviendrons pas en arrière sur les mobilités douces.
Nous avons impérativement besoin d’un véritable plan bancs. Parce qu’un banc, ce n’est pas du mobilier anecdotique. C’est ce qui permet à une personne âgée de sortir, à une femme enceinte de faire une pause, à une personne en situation de handicap de traverser un quartier, ce qui permet « d’accueillir quelques temps les amours débutants » ou permet à des habitant.es de discuter quelques minutes sans avoir impérativement à consommer en terrasse. Une ville sans bancs, c’est une ville qui trie entre les corps capables de tenir et les autres.
L’accessibilité doit d’ailleurs être au cœur de notre conception de l’espace public. Pour beaucoup de personnes en situation de handicap, se déplacer à Paris reste difficile. Que ce soit des trottoirs encombrés, du mobilier mal placé ou des ruptures de cheminement, nous devons prendre en compte toutes ces petites choses qui ne sont qu’un petit désagrément mais un véritable obstacle pour les personnes en situation de handicap.
Comme pour la question du genre, l’accessibilité ne doit pas être pensée comme une contrainte technique ajoutée après coup, mais comme un principe structurant de l’aménagement urbain. Enfin, dans une époque marquée par l’isolement social, la marchandisation des lieux de vie et les fractures territoriales, l’espace public doit demeurer un espace de construction du commun.
Alors oui, nous voulons une ville plus calme, plus respirable, plus végétalisée. Mais nous voulons aussi une ville populaire, joyeuse, accessible, traversée de rencontres et de vie. Une ville où l’espace public ne soit ni abandonné ni muséifié.

