Mouvement lycéen : le mépris et la matraque, ça suffit !
Conseil d'octobre 2026Je voudrais commencer par saluer le mouvement lycéen. Par saluer la marée humaine aujourd’hui à Paris au départ de République.
Je voudrais saluer tous ces jeunes, ces lycéen•nes, ces étudiant·es, qui se lèvent pour faire valoir leur droit à l’éducation. Pour faire valoir leur droit à l’avenir.
Ils et elles sont d’une maturité politique remarquable. Posant le bon diagnostic sur notre système éducatif. Et posant les revendications justes pour y répondre.
Que dire à un lycéen qui demande plus de professeurs ? Et des professeurs mieux rémunérés ? Que dire à une lycéenne qui demande des remplaçants (rappelons qu’en moyenne un élève perd un an de scolarité du fait du manque de remplaçants) ? Que dire à une étudiante qui demande à pouvoir étudier et que cesse la sélection généralisée de Parcoursup qui exclue de nombreux jeunes du supérieur ? (Nous proposons d’ailleurs un amendement pour remettre en cause la sélection généralisée de Parcoursup). Que dire à un étudiant qui demande tout simplement un logement digne, de quoi manger le matin, le midi et le soir, à pouvoir se soigner ?
Que leur dire ? Qu’ils et elles ont raison. Et que la responsabilité du politique est de trouver les moyens pour répondre aux besoins plus que légitimes.
Que lui répond la droite au pouvoir ? Le mépris et la matraque. C’est irresponsable.
Le mépris tout d’abord. Alors que le mouvement a commencé le 21 septembre, le ministre de l’éducation nationale aura attendu plus d’une semaine pour l’entendre. Mais entendre n’est pas négocier. Car en parallèle, la divulgation du budget d’austérité avec sa saignée de 54 Md€ est une énorme baffe aux lycéen·nes. Alors que la demande d’enseignant.es revient fortement, le gouvernement lui répond en … supprimant 1588 postes supplémentaires. La saignée continue, année après année. Dans le contexte, c’est juste l’inverse de ce qui est demandé.
Ce gouvernement illégitime est définitivement coupé de la réalité de la jeunesse.
Et ce mépris budgétaire vient prolonger les multiples réformes, Blanquer, Attal, et autres, qui n’ont eu de cesse d’abimer le service public d’éducation.
Je parle du gouvernement, mais je n’oublie pas non plus la responsabilité de la région. Ce n’est pas un hasard si le mouvement est parti d’Ile-de-France. Nous connaissons tou·tes la gabegie de la gestion des lycées par Me Pécresse. Les vidéos circulent et se multiplient sur l’état des lycées franciliens. Avec des plafonds éventrés, des tables cassées, des chaises en nombre insuffisant, des toilettes qui ne fonctionnent pas, des cantines trop chères. A Paris, nous pourrions parler de la gabegie des travaux à Boucher, Decourt ou Fauré. La région Ile-de-France se paie même le luxe d’être celle qui finance le moins ses lycées, avec la dotation par élève la plus faible de France. 2181€ par élève. Quand la moyenne nationale est de 2600€ ! Le comité de la hache est passé par là. Enfin, quand je parle de comité de la hache, ce n’est pas pour tout le monde.
Car ce que la Région a retiré aux lycées publics, elle a pu le reverser aux lycées privés. Avec des dotations extra-légales, non obligatoires. Comme au lycée Stanislas, qui n’a pourtant pas besoin des largesses des collectivités. Quand elles ne sont pas illégales, comme avec la construction d’une église pour le lycée Saint-Colomban, comme l’a dénoncé Céline Malaisé. La violence et le mépris de classe ne sont jamais bien loin avec cette droite là.
Evidemment, ce mépris ne va pas convaincre la jeunesse. Et le gouvernement compte peut-être jouer sur le rétablissement violent de l’ordre. Mais la roue tourne. Le pouvoir a pu initialement compter sur une couverture médiatique uniquement centrée sur les débordements. Sur ces violences inacceptables de personnes n’ayant rien à voir avec les revendications lycéennes. Mais désormais, les violences policières sont manifestes et commencent à être largement dénoncées. Il n’y a plus que Mr Canal pour refuser de les voir. Cela ne les empêche pas d’exister. Comment appeler le fait qu’un jeune de 14 ans puisse perdre sa main ? Qu’un autre perde l’usage d’un oeil ? Qu’un autre ait la mâchoire défoncée, les dents arrachées ? Le scandale démontre la dérive de notre état de droit. Qui n’est pas empêchée par le ministre de l’intérieur. Il estime ce matin qu’il n’a « pas à présenter des excuses ». Le même Laurent Nunez qui avait écrit aux préfets pour leur dire, je cite : « l’usage proportionné de la force ne doit jamais inhiber l’action pour rétablir l’ordre ». Nous attendons non seulement des excuses. Mais aussi qu’il réponde de ses responsabilités.
La seule sortie de crise désormais est de mettre les moyens sur l’enseignement. Après les gilets jaunes, le pouvoir ne doit pas miser sur l’écrasement de la jeunesse. La sortie de crise doit se faire par le dialogue. Et par les moyens. Je salue l’annonce d’Emmanuel Grégoire d’ouvrir les mairies pour permettre à la jeunesse d’organiser le débat. Le refus de M. Canal de les ouvrir démontre qu’il n’a de républicain plus que le nom.
Pourtant, il n’y a rien de plus politique que le débat, et les moyens publics. Nous devons à la jeunesse de construire le chemin de son avenir.

