Notre vœu pose une question politique majeure : voulons-nous encore d’une culture libre, pluraliste, vivante, ou acceptons-nous qu’elle soit progressivement confisquée par quelques puissances financières et idéologiques ?
Depuis des années, les coupes budgétaires imposées aux politiques culturelles fragilisent l’ensemble du secteur. Elles mettent en difficulté les établissements, les associations, les lieux de création, alors même que leurs coûts augmentent et que leurs modèles économiques sont de plus en plus précaires.
Pendant que les financements publics se raréfient, les grands groupes privés avancent leurs pions avec la complicité du gouvernement. Et non, cela n’a rien d’un hasard, c’est une stratégie.
Le groupe Bolloré en est l’illustration la plus brutale. Il étend son emprise sur les journaux, les chaînes de télévision, l’édition, la diffusion, les salles de spectacle et désormais l’exploitation cinématographique. De CNews à Europe 1, du JDD à Hachette, de Prisma Media à Canal+, de l’Olympia au Casino de Paris, la même logique est à l’œuvre : concentrer, contrôler, orienter.
Et cette concentration est au service d’une ligne réactionnaire. Quand des salariés dénoncent des licenciements massifs, quand des éditeurs, des journalistes, des artistes alertent sur les pressions qu’ils subissent, quand plus de 1 600 professionnels du cinéma signent la pétition « Zapper Bolloré », il ne s’agit pas d’ un caprice corporatiste : c’est un signal d’alarme démocratique. Non la culture ne peut pas être réduite à une marchandise. Elle est un bien commun.
Et c’est précisément parce que Paris est une capitale culturelle majeure que nous avons ici une responsabilité particulière : ne pas laisser faire, ne pas banaliser cette concentration, ne pas regarder ailleurs pendant qu’un monopole idéologique s’installe.
Ce vœu dit clairement que la Ville de Paris doit se tenir aux côtés de celles et ceux qui défendent une culture indépendante, accessible à toutes et tous, et protégée des appétits d’un seul groupe. Et si nous ne le faisons pas, alors nous laisserons s’installer une idée redoutable celle qu’un milliardaire peut décider seul de la parole, de l’image, de la création, et à terme du sens même du débat public. La droite parisienne adhère à cette idée, mais nous, nous refusons cela.

