Communistes Paris

Louisa et Arpiar Aslanian, résistants d’hier et d’aujourd’hui

En rendant hommage à Louisa et Arpiar Aslanian, nous honorons deux vies intimement liées à l’histoire des combats pour la liberté, pour la dignité humaine et contre le fascisme.

Ils font partie de ces parcours qui disent quelque chose de profond sur Paris : une ville refuge, une ville d’exil, mais aussi une ville de lutte et d’engagement. Deux êtres venus d’ailleurs — nés en Arménie, passés par l’Iran et la Russie, formés à la Sorbonne et au droit — qui ont fait de la France leur terre de combat.

Louisa Aslanian était une intellectuelle, une écrivaine engagée, dont les textes portent l’empreinte de l’exil, de la mémoire et des combats politiques de son temps. Elle publiait sous le pseudonyme « Lass » dans la presse arménienne, et avait déjà à son actif plusieurs romans et recueils de nouvelles avant que la guerre ne vienne tout basculer. Elle ouvrit également la division féminine de la Résistance française et fut responsable de la Résistance arménienne dans le nord de la France.

Arpiar, avocat de formation et militant communiste, incarne lui aussi un engagement total, qui ne s’est pas arrêté aux idées mais s’est traduit dans l’action concrète, au péril de sa vie. Tous deux sont communistes. Avec l’occupation de la France par les nazis, ils rejoignent la Résistance intérieure dès 1940. Ils travaillent dans une maison d’édition clandestine, font passer des armes aux résistants, et Louisa devient recruteuse. Tous deux sont membres des FTP-MOI — les Francs-tireurs et partisans de la Main-d’œuvre immigrée — au sein du groupe Manouchian. Arpiar, lui, est également engagé dans le Travail allemand, ce travail de sape et de propagande mené au cœur même des troupes d’occupation.

Ils sont en lien avec d’autres militants d’origine arménienne : Missak et Mélinée Manouchian, Arpen Tavitian, Henri Karayan et bien d’autres. Et à cette même époque, les Aslanian enseignent les mathématiques et les échecs à un jeune garçon du quartier — un certain Charles Aznavour.

Leur parcours rappelle une réalité essentielle : la Résistance a été plurielle. Elle a été faite de trajectoires politiques, sociales, culturelles diverses, y compris — et peut-être surtout — issues de l’immigration et des diasporas. Ce sont des hommes et des femmes venus d’Arménie, d’Espagne, de Pologne, d’Italie, qui ont choisi de risquer leur vie pour libérer une France qui n’était pas leur pays de naissance, mais qui était devenu leur pays de cœur. C’est précisément cette diversité qui fait la force et la grandeur de la Résistance.

Le 26 juillet 1944, les nazis arrêtent Arpiar dans sa boutique, puis viennent chercher Louisa à leur domicile rue d’Aix — sous les yeux de leur famille et de leurs voisins. Le couple est incarcéré à la prison de Fresnes, puis envoyé à Buchenwald le 15 août 1944. Ils sont ensuite séparés : Arpiar est transféré au camp de Dora, Louisa à celui de Ravensbrück. Elle disparaît le 30 janvier 1945. Il meurt quinze jours plus tard, le 15 février. Leurs manuscrits et journaux intimes, saisis lors de leur arrestation, sont détruits — dont son Histoire de la Résistance et La Chute de Paris.

Leur destin dit la violence absolue du régime nazi. Mais cette délibération nous parle d’abord de leur vie, de leurs engagements, de leurs choix — celui de la liberté, de la dignité, de la résistance — assumés jusqu’au bout dans des conditions extrêmes.

Honorer Louisa et Arpiar Aslanian aujourd’hui, c’est rappeler que la Résistance ne se réduit pas aux figures déjà installées dans les récits officiels. C’est affirmer qu’elle est aussi faite de parcours invisibilisés, de vies effacées, d’engagements venus d’ailleurs et de partout. C’est reconnaître que des hommes et des femmes, sans papiers français, sans protection, ont donné leur vie pour nos valeurs.

Poser cette plaque, c’est un geste de mémoire. Mais c’est surtout un geste politique : celui d’une ville qui refuse l’oubli, qui élargit le récit de la Résistance, et qui affirme que les combats contre le fascisme et toutes les formes d’oppression font pleinement partie de notre histoire commune. C’est pourquoi nous soutenons pleinement cette délibération.

Raphaëlle
PRIMET

Élue du 20e arrondissement au conseil de Paris

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