Brutale, indigne, inhumaine.
Ces trois mots résument la décision de l’État de fermer le centre d’hébergement du GL Event Center dans le 19e arrondissement. Initialement ouvert pour accueillir des réfugiés ukrainiens, ce site héberge depuis 2024 des personnes à la rue, principalement des familles. Aujourd’hui, plus de 400 places vont disparaître.
Cette décision est d’autant plus insupportable que la dernière de la Nuit de la Solidarité a recensé plus de 3.850 personnes sans abri à Paris, et il ne se passe pas une semaine sans qu’une association, un collectif de parents d’élèves ou d’enseignants se mobilise pour mettre à l’abri, une famille ici, 200 femmes et enfants là, afin d’éviter que des personnes ne passent la nuit dehors.
Que fait l’État face à cette situation d’urgence sociale ? Il ferme des places, il disperse les personnes façon puzzle, sans tenir compte de leur santé, de leur accompagnement social, de la scolarité des enfants ni des liens qu’elles ont construits. Cette méthode, à notre avis, est absolument vouée à l’échec. Beaucoup refuseront ces orientations inadaptées et retourneront à la rue. On a d’ailleurs le cas dans les jours qui viennent de passer et aujourd’hui même de personnes qui sont en train de quitter le GL Event parce que les orientations ne sont absolument pas satisfaisantes.
Il faut donc le dire clairement, la politique de l’État en matière d’hébergement est défaillante, elle repose sur de la gestion de la pénurie, sur des dispositifs temporaires et sur des décisions administratives totalement déconnectées de la réalité. Au lieu de garantir un droit fondamental, l’État organise l’instabilité, l’errance et l’abandon.
Pendant ce temps, la Ville de Paris agit, avec près de 1.800 places mobilisées, avec des solutions certes parfois imparfaites, telles que des gymnases, des mises à l’abri temporaires, mais qui permettent au moins de mettre un toit sur la tête de centaines de personnes, et de préserver un peu la dignité. Mais, que l’on soit clair, la Ville n’a pas réellement vocation à se substituer à un État défaillant. Nous demandons donc solennellement à l’État de renoncer à cette fermeture, même si cela paraît malheureusement mal parti, d’assumer surtout ses obligations légales et d’ouvrir des places d’hébergement pérennes, dignes, adaptées aux besoins de chacune et de chacun.
S’il le faut, l’État doit avoir le courage de réquisitionner les bâtiments vacants pour répondre à l’urgence sociale.
C’est le sens de notre demande réitérée depuis plusieurs années concernant le site du Val-de-Grâce. Plutôt que de laisser des milliers de mètres carrés inoccupés, mettons-le au service de celles et ceux qui n’ont plus de toit.
Face au sans-abrisme, aucun bâtiment vide ne devrait rester inutilisé. Quand des milliers de personnes dorment dehors, fermer 400 places n’est pas une politique, c’est un choix politique, un choix de l’abandon, et nous refusons clairement ce choix.

