Nous voterons évidemment cette délibération visant à élever Narges Mohammadi au rang de citoyenne d’honneur de la Ville de Paris. Parce que son combat est immense et parce qu’il est universel. Parce qu’elle est en danger aux mains d’un régime où l’arbitraire est roi.
Parce que depuis plus de vingt-cinq ans, cette journaliste, militante des droits humains et prix Nobel de la paix en 2023 paie de sa liberté son engagement contre la répression, contre la peine de mort, contre l’apartheid de genre imposé par la République islamique d’Iran.
Parce qu’elle n’a jamais cessé de dénoncer, y compris depuis sa cellule, les violences faites aux femmes, les exécutions politiques et les atteintes aux libertés fondamentales.
Parce qu’elle a continué à écrire, à témoigner et à faire entendre la voix des prisonniers politiques iraniens malgré les menaces, l’isolement et les mauvais traitements.
Parce qu’elle incarne aujourd’hui, bien au-delà de l’Iran, un symbole mondial de résistance démocratique et de courage face à l’oppression.
Arrêtée à de multiples reprises, condamnée à des décennies de prison, privée de soins, victime de torture psychologique, Narges Mohammadi est devenue l’une des voix les plus courageuses du peuple iranien.
À travers elle, c’est aussi le mouvement « Femme, Vie, Liberté » que nous saluons aujourd’hui. Ce soulèvement populaire né après la mort de Mahsa Amini a révélé au monde entier l’aspiration profonde d’une partie immense du peuple iranien à la liberté, à l’égalité, à la justice sociale et à la démocratie. Des femmes, des jeunes, des travailleurs, des étudiants ont défié au péril de leur vie une dictature théocratique brutale. Mais soutenir le peuple iranien, ce n’est pas seulement dénoncer la répression du régime de Téhéran. C’est aussi refuser que ce peuple soit pris en étau entre la dictature intérieure et les logiques de guerre impérialistes.
Depuis le 28 février dernier, les frappes israélo-américaines contre l’Iran ont fait basculer toute la région dans une nouvelle guerre dramatique et criminelle. Les bombardements qui frappent des civils, les ingérences militaires et les logiques de puissance n’ont jamais apporté la démocratie aux peuples.
De l’Irak à la Libye, en passant par la Syrie, les interventions occidentales ont laissé derrière elles le chaos, des États détruits, des centaines de milliers de morts et des peuples abandonnés. Ceux qui prétendent aujourd’hui bombarder l’Iran au nom de la liberté sont souvent les mêmes qui, hier, ont soutenu des guerres ayant anéanti toute perspective d’émancipation populaire. Et la réalité est tragique. Alors même que des mobilisations populaires secouaient encore l’Iran au début de l’année 2026, cette guerre a permis au pouvoir théocratique de renforcer sa chape de plomb.
Sous couvert d’unité nationale et de sécurité, les autorités iraniennes ont multiplié les arrestations pour écraser les mouvements populaires de décembre et janvier derniers. Les possibilités de transformation démocratique venant du peuple iranien lui-même ont été gravement affaiblies. Dans le même temps, Benyamin Netanyahou poursuit sa fuite en avant guerrière, tandis que Donald Trump menaçait de détruire la « civilisation iranienne ». Le fragile cessez-le-feu est évidemment un soulagement mais chacun voit bien combien la situation demeure explosive.
Oui, solidarité absolue avec Narges Mohammadi et avec toutes celles et ceux qui luttent en Iran pour les libertés démocratiques et les droits humains.
Oui, condamnation sans ambiguïté de la répression menée par le régime théocratique iranien. Mais oui aussi au refus des logiques impérialistes américaines et israéliennes. Oui aussi au refus des bombardements et des guerres qui écrasent les civils en Iran, en Cisjordanie, dans la bande de Gaza et au Liban au nom de prétendues « libérations » ou « intérêts vitaux ». Plus que jamais, c’est le droit international, la diplomatie, le soutien aux forces démocratiques et populaires, et la souveraineté des peuples qui doivent permettre d’ouvrir un chemin de paix et d’émancipation.
Narges Mohammadi est sortie de l’hôpital de Téhéran et a pu regagner son domicile, a annoncé lundi 18 mai sa fondation, qui met toutefois en garde contre les risques pesant sur sa santé en cas de réincarcération. C’est pourquoi notre vigilance et notre solidarité doivent rester entières.
En honorant Narges Mohammadi aujourd’hui, Paris affirme que la solidarité avec les peuples en lutte ne peut jamais se dissocier de la paix, du droit international et de la liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes.

