Eau de Paris : Le succès du service public ne doit pas se faire au détriment des salariés
Conseil d'octobre 2026La création de la régie d’Eau de Paris s’est traduite par un réel bénéfice tant pour les parisiens que pour l’environnement. Les prix de l’eau ont baissé, la qualité de l’eau s’est améliorée (tous indicateurs confondus) et la gouvernance démocratique s’est déployée.
Avec un rendement exceptionnel (91% contre 81% en moyenne en France), avec l’aide aux agriculteurs sur les zones de captage pour passer au bio, la régie s’est accompagnée par de nets progrès pour l’environnement. Et au final, l’eau reste moins chère, 2.03€ le m3 en 2024 contre 2.46€ en moyenne en Ile-de-France. L’équilibre financier de la Régie est aussi réalisé, avec un fort auto-financement des investissements (notamment pour l’achat du nouveau siège).
Bien sûr, il y a un effet ciseaux, un véritable marronnier. Avec la baisse structurelle de la consommation, qui est une bonne nouvelle (liée à des économies d’eau précieuse). Et la hausse structurelle des charges, notamment avec l’inflation. Bien sûr dans ce contexte, la hausse du prix au m3 est à envisager, toutefois à limiter par l’inflation.
Nous plaidons aussi pour l’augmentation des ventes d’eau à d’autres territoires. En effet, à l’instar de Montreuil, d’autres territoires ont pu faire baisser leurs prix de l’eau grâce à des achats à Eau de Paris.
Si vous me permettez l’expression, l’eau parisienne publique fait tache d’huile. C’est une piste à explorer pour l’équilibre financier de la régie. Face à l’effet ciseaux, la CRC reste cantonnée à une analyse très libérale des choses, sans surprise. Et évidemment, elle pousse à réduire ce qu’elle appelle pudiquement la « masse salariale », bref à réduire la partie des salaires.
Sans surprise, vous comprendrez que nous nous y opposons.
Une régie publique, n’est pas une entreprise privée simplement avec un actionnaire publique. Une régie publique, c’est un pilotage démocratique, au profit des usagers, mais aussi avec un esprit d’entreprise publique, plaçant les conditions sociales au coeur de la gouvernance.
Nous avons toujours lutté contre le recours non-nécessaire à la sous-traitance ; contre le recours abusif à l’alternance ; contre les discriminations syndicales réelles. Plusieurs mouvements de grève ont d’ailleurs éclaté ces dernières années. Il est important que nous sachions répondre aux revendications légitimes. Je pense notamment à l’embauche en nombre suffisant d’ouvriers. Car dans une certaine vision, certains pourraient penser qu’on pourrait se débarrasser des emplois ouvriers. Ceux-là même qui font tourner la boutique. On peut ainsi constater que le nombre d’équivalents temps plein est passé de près de 1 000 en 2010 à 870 en 2024.
Et sous-traiter au maximum ou recourir à l’alternance. Avec au final de plus en plus de bas salaires, comme souligné par le cabinet d’étude Korn-Ferry. Nous n’y sommes pas favorables.
Tout comme le recours croissant aux cabinets extérieurs pour des « prestation intellectuelle » Nous sommes pour que la régie internalise tous ses corps de métier. Car la connaissance des métiers est essentielle. Et constitue la véritable richesse d’une entreprise. Et qu’elle est la base du ciment social d’une entreprise publique.
Par ailleurs, un sujet vous savez sur lequel je suis sensible, c’est la question de l’amiante. Le réseau parisien en présente sur une bonne partie de ses linéaires, et nous devons nous fixer comme priorité le désamiantage progressif, au gré de la rénovation du réseau. Celle-ci se fait à un rythme qui fait que l’amiante sera présent encore pendant des dizaines d’années. Dont acte. Mais nous ne pouvons accepter que le désamiantage soit externalisé à des entreprises sous-traitantes. Qui bien souvent forment mal leurs salariés. Qui font de la marge sur les conditions de sécurité. Dont les salariés sous-traitants sont les premières victimes. Ceux de la régie en second rideau, quand ils interviennent en parallèle des sous-traitants.
Vous l’aurez compris. Pour la cours des comptes, le voile pudique jeté sur le vocable de « réduction de la masse salariale » est donc dans les faits hautement contestable par les conséquences sociales, économiques et sanitaires, et nous nous portons en porte-à-faux avec cette préconisation si idéologiquement classique de la cour.
Je conclue donc en saluant tout le travail développé par la régie. Il démontre tout l’intérêt de passer en gestion publique de l’eau, ce bien commun si essentiel. De facto, la cour des comptes reconnait cet excellent bilan, tant en termes économique, sanitaire, écologique que démocratique. Mais vous aurez compris que nous avons un point de vigilance sur la question sociale. Car une mission publique suppose des salariés libérés des contraintes purement comptables.

