RDC : une crise humanitaire, une guerre de ressources, une urgence politique
Conseil de juillet 2026À l’est de la République démocratique du Congo, les hommes, les femmes, les enfants et les plus âgés sont pris au piège d’une triple tragédie : la guerre la plus meurtrière depuis la Seconde Guerre mondiale, les déplacements forcés et désormais une nouvelle flambée d’Ebola.
L’épidémie s’étend désormais sur trois provinces, et les derniers chiffres de l’Organisation mondiale de la santé, du 15 juillet, montre une évolution à un rythme sans précédent avec 2000 cas confirmés et 754 décès.
L’urgence, c’est donc d’empêcher la propagation de la maladie, dans un contexte où le système de santé est exsangue, où de nombreuses infrastructures ont été détruites par les affrontements, où celles qui demeurent sont saturées par les épidémies de rougeole, de paludisme et de choléra, et où plusieurs millions de personnes sont plongées dans une situation d’insécurité alimentaire aiguë.
À cela s’ajoute une crise sociale majeure. Faute de salaires versés depuis plusieurs mois, des centaines de médecins et de personnels mobilisés contre Ebola ont été contraints d’entrer en grève, fragilisant encore davantage la riposte face à l’épidémie.
Dans ce contexte déjà exsangue, l’aide humanitaire elle-même s’effondre : le quasi-démantèlement de l’USAID par l’administration Trump a fait fondre 70 % de l’aide humanitaire du pays. C’est dire combien le travail d’ACTED — présente sur place depuis plus de vingt ans, est aujourd’hui plus indispensable que jamais. Nous saluons l’engagement de ses personnels, qui interviennent dans des conditions extrêmement dangereuses Mais la solidarité humanitaire ne peut pas tenir lieu de politique internationale. Cela ne peut pas suffire. Car si cette catastrophe perdure depuis près de trente ans dans l’est de la RDC, ce n’est pas par fatalité. Ce qui se joue dans les Kivu depuis près de trois décennies, c’est une guerre transnationale de prédation minière, orchestrée par des puissances voisines.
Une véritable économie de guerre s’y est installée, nourrie par le pillage et la revente de ressources minières le coltan, la cassitérite, le cobalt, l’or — qui enrichissent à la fois les groupes armés, certaines factions de l’armée congolaise et des acteurs étrangers.
Ces ressources transitent illicitement vers le Rwanda, l’Ouganda et le Burundi, avant d’être revendues sur les marchés internationaux sous des labels « propres ». Ce pillage industriel se fait avec la complicité de multinationales occidentales, qui ferment les yeux sur l’origine de ces minerais stratégiques.
L’Union européenne est également coupable. : elle ne peut pas dénoncer l’agression contre la RDC tout en signant, comme elle l’a fait en février 2024, un partenariat avec le Rwanda pour garantir un approvisionnement sécurisé en métaux stratégiques pour son industrie, alors qu’une part importante de ces minerais provient du territoire congolais. Cette contradiction entérine un mécanisme de recel institutionnalisé et la dépendance de l’UE à des logiques néocoloniales.
Les accords de paix, conclus en juin 2025 sous l’impulsion de l’administration de Trump, qui conditionnent la paix à l’ouverture de nouveaux droits miniers sur des mines riches en coltan pour des entreprises américaines, constituent le comble du cynisme.
Cette administration assume le slogan néocolonial « From aid to trade ». Mais une paix négociée contre des concessions minières n’est pas une paix juste et c’est là encore, l’institutionnalisation du pillage. Le peuple congolais a besoin que l’impérialisme soit mis à terre, que le droit international, le droit de disposer librement de ses ressources et sa souveraineté soient enfin respectés pour pouvoir demain se développer et affronter les crises.
Alors, Oui à l’humanitaire, mais notre solidarité serait incomplète si elle ne s’accompagnait pas d’une parole politique claire pour dénoncer la complicité de l’UE dans cet extractivisme contre les intérêts congolais une parole claire qui dit que notre transition énergétique, l’électrification de nos usages et notre production industrielle ne peuvent se bâtir sur un cimetière pendant que nous regardons ailleurs.
Paris doit défendre un développement fondé sur la souveraineté populaire des Congolais et un État social refondé.
Alors, dans les mots, interpellons l’État et l’Union européenne pour que l’accord UE-Rwanda soit immédiatement suspendu. Et dans les actes, en tant que collectivité, redoublons de vigilance dans nos chaînes d’approvisionnement, en imposant des critères de traçabilité des minerais dans notre politique d’achat — lorsque nous équipons notre municipalité en matériel informatique et électronique, par exemple — pour qu’aucun euro d’argent public ne serve au malheur de la RDC.
C’est dans cet esprit que nous voterons cette délibération.

