Précarité au féminin : une réalité invisible mais alarmante
Conseil de juillet 2026Cette délibération nous interpelle collectivement : elle porte sur la précarité des femmes. Une précarité qui n’est ni un hasard ni une fatalité. Elle est le résultat d’inégalités sociales et de genre qui accompagnent les femmes tout au long de leur vie et les exposent davantage à la fragilité.
Comme le disait Simone de Beauvoir : « On ne naît pas femme, on le devient. » Cette phrase rappelle que les parcours des femmes restent marqués par des assignations sociales, des inégalités et des obstacles spécifiques. Lorsque ces inégalités rencontrent la pauvreté, leurs conséquences sont encore plus brutales.
Oui, la précarité se vit avant tout au féminin.
En France, les femmes gagnent en moyenne moins que les hommes. Dans le privé, leur revenu salarial reste inférieur de 21,8 %, et même à temps de travail identique, un écart persiste. Derrière ces chiffres, il y a des carrières interrompues, des temps partiels subis, une concentration du travail des femmes dans les métiers les moins rémunérés et ou la pénibilité n’est pas reconnue et un accès toujours inégal aux postes à responsabilité.
Ces inégalités ne s’arrêtent pas à la vie active. À la retraite, les femmes perçoivent des pensions inférieures de 38 % à celles des hommes. C’est le résultat d’inégalités accumulées : des carrières moins rémunérées, davantage interrompues pour la famille et une prise en charge des responsabilités parentales qui repose encore largement sur elles. Ce sont les femmes qui sont les aidantes.
La pauvreté des femmes n’est donc pas un accident : c’est le produit d’un système d’inégalités. C’est pourquoi il est essentiel de parler de la précarité au féminin. Si nous ignorons la réalité vécue par les femmes, nous construisons des politiques publiques qui passent à côté des problématiques réelles subies par les femmes et donc nous ne pouvons porter les bonnes solutions.
Cette réalité est particulièrement forte pour les familles monoparentales, composées en immense majorité de mères seules avec leurs enfants. Être mère seule, c’est assumer les ressources du foyer, les démarches administratives, les enfants, le travail et tous les imprévus du quotidien, c’est ne pas avoir de répit et ne pas partir en vacances très souvent.
Cette accumulation de responsabilités expose davantage à la pauvreté, aux difficultés de logement, aux obstacles à l’emploi et à l’épuisement.
L’extrême pauvreté des femmes reste aussi largement invisible. Lors de la Nuit de la Solidarité, elles apparaissent moins nombreuses dans la rue, mais ce chiffre masque une autre réalité : beaucoup se cachent pour échapper aux violences sexistes et sexuelles. Les femmes sans-abri cumulent ainsi deux vulnérabilités : la précarité et les violences. Les réponses qui leur sont apportées doivent donc être adaptées, sécurisantes et pensées pour elles.
Face à cette réalité, la Ville de Paris doit affirmer le choix d’une politique publique féministe, qui ne répond pas seulement à l’urgence mais s’attaque aussi aux causes structurelles des inégalités.
Je veux saluer l’action de l’association Aurore, qui accompagne les femmes victimes de violences conjugales et familiales, notamment en ayant rejoint l’observatoire parisien des violences faites aux femmes. Grâce au centre Suzanne Képès et à la résidence sociale Alix et Albert Jacquard, des femmes sont mises à l’abri, protégées et accompagnées vers la reconstruction et l’autonomie.
Je veux également souligner le travail de l’association Règles Élémentaires. La précarité menstruelle prive encore trop de femmes de leur dignité. Garantir l’accès aux protections périodiques, sensibiliser et former les acteurs de terrain, c’est aussi mener un combat féministe.
Enfin, je veux mettre en lumière l’action du Filon. Depuis sa création, cette association accueille des femmes en situation de précarité ou victimes de violences dans un espace pensé pour elles. C’est un lieu où elles peuvent être accueillies sans jugement, souffler, être écoutées, accéder à leurs droits, prendre soin d’elles et retrouver progressivement confiance.
Le Filon agit aussi sur les représentations en sensibilisant le grand public à la réalité des femmes en situation de pauvreté et de rue. Car lutter contre la précarité des femmes, c’est aussi lutter contre leur invisibilisation.
Voilà donc une délibération importante qui mériterait même d’être renforcée.
