Communistes Paris

La fraîcheur, un bien commun : la justice climatique ne doit laisser personne sur le carreau

Cet été encore, Paris suffoque. Et il faut le dire : ce que nous vivons n’est plus exceptionnel. Les canicules sont plus fréquentes, plus longues, plus intenses. Le changement climatique est déjà là. La vraie question est désormais de savoir comment nous protégeons les Parisiennes et les Parisiens.

Mais nous ne sommes pas tous égaux face à la chaleur.

Il y a quelques jours, j’ai rencontré un boulanger parisien. Lors du premier épisode caniculaire de cette année, il m’a raconté avoir travaillé dans son laboratoire où la température atteignait… 47 degrés. Quarante-sept degrés. Je crois qu’il faut mesurer ce que cela signifie. Cela signifie pétrir, porter des charges, rester des heures devant des fours dans des conditions qui mettent directement en danger la santé de ce boulanger. En 2026, cela n’est tout simplement pas acceptable, personne ne devrait avoir à travailler dans de telles conditions.

Et ce boulanger n’est pas un cas isolé. Les ouvriers du BTP, les agents de propreté, les livreurs, les éboueurs, tous ceux qui travaillent dehors ou dans des locaux surchauffés sont les premiers exposés. Comme souvent, le changement climatique aggrave d’abord les inégalités sociales. Face à cela, nous ne pouvons plus nous contenter de recommandations.

Nous souhaitons que la Ville de Paris soit exemplaire en adoptant une véritable charte d’adaptation du travail aux fortes chaleurs, avec des niveaux d’alerte permettant d’adapter les horaires, de renforcer les protections et, lorsque les conditions deviennent dangereuses, de suspendre certaines activités. Cette exigence doit s’appliquer aux services municipaux, mais aussi aux marchés publics et aux délégataires.

Nous demandons aussi que la Ville interpelle le Gouvernement pour créer un véritable droit de retrait climatique, renforcer l’Inspection du travail et permettre la suspension immédiate des situations dangereuses. Et je veux le dire : le Medef comme la droite se trompent. À force de défendre une vision exclusivement financière de l’entreprise, ils oublient une évidence : une entreprise est d’abord un collectif de travail. La richesse n’est jamais créée par un seul, elle est le fruit de l’engagement de toutes et tous.

Les dirigeants de nombreuses PME, les artisans, les commerçants le savent bien. Ils travaillent chaque jour aux côtés de leurs salariés, ils partagent leurs difficultés et savent que protéger leur santé, c’est protéger tout le collectif de travail. Défendre de bonnes conditions de travail n’est pas un frein à l’économie, c’est une responsabilité. La première richesse d’une entreprise, ce sont les femmes et les hommes qui la font vivre.

Mais protéger les travailleurs ne suffit pas. Il faut aussi protéger tous les habitants.

La fraîcheur devient aujourd’hui une question de justice sociale. Certaines familles vivent dans des logements où il fait plus de 35 degrés plusieurs jours d’affilée. Les personnes âgées, les personnes en situation de handicap, les personnes à la rue, mais aussi les bébés et les jeunes enfants sont particulièrement vulnérables. La Ville agit déjà. Mais nous devons aller plus loin.

Nous proposons d’identifier et de mobiliser, lorsque cela est nécessaire, des équipements privés rafraîchis recevant du public – cinémas, salles de spectacle, centres de congrès ou autres – afin qu’ils puissent devenir, lors des alertes canicule, des refuges pour les publics les plus fragiles.

Nous demandons également que le réseau parisien des espaces de fraîcheur développe davantage de lieux adaptés aux bébés, aux jeunes enfants et à leurs familles. Parce qu’un refuge climatique doit être réellement accessible à toutes et tous.

Mes chers collègues, Après l’eau et l’énergie, la fraîcheur devient un bien commun. Notre responsabilité est de faire en sorte qu’elle ne soit jamais réservée à celles et ceux qui ont les moyens de se protéger de la chaleur.

Je veux croire qu’aucun élu de cette assemblée n’accepte qu’un travailleur perde la vie parce qu’il a dû travailler sous une chaleur insupportable. Je veux croire qu’aucune personne vulnérable ne soit privée d’un lieu où se mettre à l’abri.

Face au dérèglement climatique, nous avons le choix : laisser chacun se débrouiller seul ou faire vivre la solidarité. Le choix des élus communistes est clair. Nous faisons le pari du collectif, de la protection et des services publics.

Parce qu’aucun travail ne doit coûter une vie. Parce que personne ne devrait souffrir de la chaleur faute d’avoir accès à un peu de fraîcheur. Parce que la justice climatique sera sociale, ou elle ne sera pas.

Rym
KARAOUN-GOUEZOU

Élue du 13e arrondissement au conseil de Paris

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