Communistes Paris

La culture, victime collatérale du jeu de massacre économique et idéologique

Je préempte cette présentation de deuxième commission, pour que nous puissions apporter notre soutien aux mobilisations dans le monde de la culture car la situation est trop grave. La culture et l’ensemble de ses acteurs — du libraire au metteur en scène, de l’ingénieur du son aux comédiens — subissent des attaques tous azimuts.

Les coupes budgétaires au spectacle vivant ont été annoncées par le gouvernement en plein Festival d’Avignon.

Dans le désordre, et de façon non exhaustive : la baisse de la part collective du pass Culture, la réduction du FONPEPS, le gel de plus de 10% du budget de 28 structures publiques annoncées à Avignon et qui a mis le feu aux poudres. Comment expliquer que les enveloppes pour le développement de la lecture et des collections passent de 12,9 millions d’euros en 2025 à 5,4 millions en 2026 ?

Et surtout : l’enveloppe totale dédiée à la Culture dans le budget 2026 est encore en baisse de 173,4 millions d’euros par rapport à l’an dernier. Et je ne parle même pas des attaques contre l’audiovisuel public. C’est un véritable jeu de massacre.

C’est un plan social d’ampleur qui s’opère à bas bruit. Le nombre d’emplois supprimés est difficile à estimer, mais les fourchettes évoquées vont de 15 000 à 25 000. Ce ne sont pas des chiffres : ce sont des milliers de personnes qui vont se retrouver sur le carreau, des compagnies des lieux qui vont fermer. C’est déjà extrêmement grave en soi. Mais plus grave encore, c’est la logique cachée qui sous-tend cette austérité.

Car ces attaques sont concertées, organisées. Il y a d’abord la loi du marché : tout ce qui échappe au public ira dans les poches des Stérin et autres Bolloré. Le spectacle vivant où il n’y aura plus de place que pour le Puy du Fousi on les laissent faire. L’édition transformée en rayonnages à l’américaine, avec un titre unique, et de préférence d’extrême droite sur l’étagère. Voilà le rêve de ces milliardaires.

Cette politique ne voit plus dans le service public culturel un bien commun, mais un manque à gagner — pire, un outil pour notre réflexion et notre émancipation. Oui, cette politique vise bien à substituer au service public une propriété concentrée et des alternatives marchandes, dont le coût exclura une partie croissante de la population de l’accès à la culture. Mais ce qui est plus grave et plus inquiétant encore, c’est qu’elle veut farouchement organiser notre mise au pas.

Car cet appauvrissement se fait contre les valeurs progressistes. Cette bataille idéologique qui ne dit pas son nom est d’autant plus grave qu’elle prépare et nourrit les conditions d’un accès au pouvoir de l’extrême droite. Et on peut le dire, malheureusement, sans que cela ne suscite pour le moment de réactions politiques à la hauteur des enjeux — comme si nous étions dans le déni du sens de ces reculs organisés.

Nous, élus de gauche, progressistes, avec nos différences, devons mener ce combat vital contre le totalitarisme culturel que veulent nous imposer les capitalistes et leurs alliés d’extrême droite. Contre la lobotomisation des esprits, pour la création et la liberté d’expression : ce n’est pas dans un mois, ni dans un an, qu’il faut agir. C’est maintenant.

A nous de tenir bon pour nos budgets culturels. Qui, mieux que nous, dans nos territoires, peut défendre la diversité, le spectacle vivant, les pratiques amateurs, l’éducation populaire — tout ce qui fait le tissu riche qui irrigue notre pays et permet l’émancipation de toutes et tous ?

Les mobilisations des acteurs culturels se multiplient, de nouveaux états généraux se profilent, les tribunes de soutien fleurissent partout : soyons au rendez-vous. Signons la pétition pour porter le budget de la culture à 1% du budget de l’État , et faisons en sorte que Paris mette toutes ses forces dans cette bataille, tienne ses engagements budgétaires et ses projets pour la culture.

La diversité des associations que nous soutenons, et dont nous allons parler en deuxième commission : tout cela nous concerne directement. Et c’est maintenant qu’il faut agir.

Raphaëlle
PRIMET

Élue du 20e arrondissement au conseil de Paris

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