Dénomination du jardin/cour Ginette KOLINKA (3e)
Conseil de juillet 2026Personne ne sera choqué que je détourne le titre de livre de Primo Levi lui même déporté.
Et si c’était une femme qui aurait dû avoir une enfance et une adolescence heureuse, si les Nazis n’avaient pas envahi la France, et si le gouvernement Pétain n’avait pas dès octobre 1940 édicté un « statut des juifs » qui en faisait des paria et des sous-citoyens.
Et si c’était une femme qui avait dû fuir Paris pour rejoindre Avignon pour se protéger mais qui finalement allait devenir une souricière.
Et si c’était une femme du peuple fille d’artisan de ce Paris populaire où l’on parlait yiddish comme on parle aujourd’hui arabe, wolof ou mandarin.
Et si c’était une femme qui allait côtoyer dans le même convoi deux femmes exceptionnelles qui allaient devenir l’une écrivaine l’autre ministre et qui pour l’heure s’entassaient dans le convoi 71 parti de Drancy le 13 avril 1944.
Et si c’était une femme si jeune qui allait perdre en quelques heures les êtres qui lui étaient les plus chers.
Et si c’était une femme qui n’a rien fait que vouloir survivre, se faisant discrète, se cachant, aidant ses compagnes d’infortune.
Et si c’était une femme qui à son retour n’a pas voulu raconter par décence pour celles et ceux qui n’étaient pas revenus.
Et si c’était une femme au crépuscule de sa vie s’est mise à raconter l’irracontable.
Et si c’était une femme qui sentant la peste brune reprendre du poil de la bête a voulu mettre son récit au service des jeunes générations.
Et si c’était une femme presque infatigable parcourant la France, ses collèges, ses lycées pour dire la banalité du mal.
Et si c’était une femme qui refuse de parler d’héroïsme mais de la flamme qui l’a aidé à survivre.
Et si c’était une femme qui dans un admirable documentaire tutoie Simone et Marceline ses deux compagnes de misère désormais disparue.
Et si c’était une femme dont l’accent parisien nous rappelle un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître.
Et si c’était une femme indispensable par l’acuité de son regard si rieur et si intelligent qui n’hésitera pas à tacler Serge Klarsfeld qui avait avoué choisir le RN.
Et si c’était une femme libre, toujours jeune par l’esprit, tellement parisienne à qui nous rendons hommage aujourd’hui.
Ginette Kolinka a débuté sa vie dans la chaleur d’un foyer aimant. Elle a vécu plus de deux ans dans l’enfer du monde. Elle a refait sa vie a eu des enfants des petits enfants et des arrières petits enfants.
Ginette Kolinka a eu aussi des centaines d’enfants qu’elle ne reverra peut être jamais croisés dans une classe et qui garderont d’elle le souvenir d’une femme simple et malicieuse, pas une héroïne mais une femme comme une autre bousculée par l’horreur de l’Histoire.
Je ne peux m’empêcher en citant le serment des déportés « plus jamais ça » de penser que l’histoire peut se répéter, jamais sous la même forme, mais avec les mêmes arguments et les mêmes recettes. La théorie du bouc émissaire utilisée par l’extrême droite Ginette en a été la victime.
N’oublions jamais.
Je vous remercie

