Attribution de la Citoyenneté d’honneur aux populations civiles palestiniennes de Gaza et de Cisjordanie, et aux journalistes palestiniens déployés sur les zones de conflit
Conseil de juin 2026Monsieur le Maire, chers collègues, Madame l’Ambassadrice, chère Hala, chers amis, cher·es camarades soutiens de la Palestine.
« Gardiens de l’ombre des orangers et des oliviers, Si nous avons soif nous presserons les pierres, Nous mangerons de la terre si nous avons faim, mais nous ne partirons pas ! Ici nous avons un passé, un présent et un avenir. »
Ces mots ce sont ceux du poète palestinien Taoufik Ziyad.
Ces mots disent la force d’un peuple qui revendique son droit à vivre sur sa terre, et dont ni la mémoire ni l’espérance ne pourront être anéantis. Cette citoyenneté d’honneur était attendue. Le groupe communiste avait déposé de nombreux vœux en ce sens.
Mes chers collègues, La citoyenneté d’honneur de la Ville de Paris n’est pas une distinction ordinaire. C’est une protection symbolique, un geste politique, un refuge moral accordé à celles et ceux que nous estimons devoir défendre.
Nous l’avons accordée aux otages du Hamas comme au peuple du Haut-Karabakh. Aujourd’hui, nous l’accordons à la population civile palestinienne et aux journalistes palestiniens. Et je veux le dire : nous ne partageons pas tous ici la même analyse de la situation. Certains comme mon groupe parlent de génocide, d’autres non. L’histoire tranchera. Mais ce qui nous réunit aujourd’hui est très important. Nous reconnaissons ensemble que la population civile, les journalistes palestiniens sont en danger.
Faut-il rappeler les chiffres ? Plus de 73 000 morts, 1000 depuis le soi-disant cessez le feu des chiffres probablement sous-estimé Ce sont Des hommes, des femmes, des enfants. Ils et elles sont des civils, des anonymes, des travailleurs, des intellectuels, des scientifiques, des artistes. Ils et elles s’appelaient Fatima Hassouna, Yaqeen Hammad et Hind Rajab. Des parents, des frères, des sœurs, et trop souvent des enfants, des nourrissons.
Des dizaines de milliers de personnes blessées, amputées, traumatisées à vie. Des familles déplacées. Des écoles, des universités, des hôpitaux détruits. La famine organisée, le manque d’eau, les maladies. Et une catastrophe écologique que le monde regarde à peine : un territoire inondé de polluants et de déchets, où les eaux usées débordent, où invasion de nuisibles et épidémies que l’on croyait vaincues ressurgissent. Ce n’est pas un dommage collatéral — c’est une stratégie.
Pendant ce temps, en Cisjordanie : Les maisons sont démolies. Les terres confisquées. Les oliviers arrachés. la violence des colons se déchaine, les colonies s’étendent sous la protection de l’armée israélienne Les Palestiniens vivent sous un régime d’apartheid ce mot que même Human Rights Watch et Amnesty International utilisent désormais sans détour.
Plus de 250 journalistes ont été tués, pris pour cible, emprisonnés ou empêchés de travailler. Parce qu’informer et documenter les crimes de guerre et les souffrances de la population est interdit. Et C’est pour cela que l’accès des journalistes étrangers à Gaza est toujours impossible. Alors oui, aucun être humain ne devrait vivre ce que vivent aujourd’hui les Palestiniens.
Bien sûr, pour notre groupe, il est nécessaire d’aller plus loin que cette citoyenneté d’honneur. La reconnaissance de l’État de Palestine par la France n’a de sens que si elle est accompagnée des sanctions contre le gouvernement d’extrême droite israélien, de l’arrêt des livraisons d’armes et de l’application pleine et entière du droit international.
Nous continuerons à exiger la fin du génocide, la fin du blocus, la libération des prisonniers politiques et le droit du peuple palestinien à disposer de lui-même. Mais aujourd’hui, nous voulons aussi saluer ce qui nous rassemble.
Car de Gaza, de Cisjordanie, des camps de réfugiés, beaucoup regardent vers le monde, vers Paris, pour savoir s’ils sont vus, entendus, soutenus. Dans une telle situation, chaque geste compte. Par vos mots, par ceux de notre majorité, et par la voix de Paris nous faisons nôtre l’engagement d’Aimé Césaire qui disait « Ma bouche sera la bouche des malheurs qui n’ont point de bouche. Ma voix la liberté de celles qui s’affaissent au cachot du désespoir ».
Cette citoyenneté d’honneur ne mettra pas fin à la guerre. Elle ne remplacera ni la justice, ni la paix. Mais elle redonne de la force et de l’espoir aux palestiniens. Elle dit à la population et aux journalistes qu’ils ne sont pas seuls. Elle dit aussi que, malgré nos désaccords, nous sommes capables aujourd’hui de nous retrouver autour d’une exigence commune : celle de la Paix, de la protection des civils, de la dignité humaine.
C’est pourquoi nous appelons avec solennité et émotion l’ensemble de notre Conseil à voter cette citoyenneté d’honneur.
Je vous remercie.

